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Médias sociaux, big data et recruteurs : ce que les candidats doivent savoir

par Andrew Hutchinson

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Médias sociaux, big data et recruteurs : ce que les candidats doivent savoir

On s’est beaucoup servi de la puissance des médias sociaux pour le personal branding et l’enrichissement des profils personnels, mais tout le monde ne le voit pas de cette façon. Certains considèrent cela comme une distraction, comme quelque chose de pas sérieux, quelque chose qui n’est pas vraiment pour eux.

Mais s’il y a une chose à savoir, c’est que votre point de vue personnel sur les médias sociaux n’a aucune pertinence dans ce contexte. Que vous les utilisiez ou non, que vous les aimiez ou pas, ce qu’il est primordial de comprendre c’est comment les autres appréhendent le social et le social data, et quel impact potentiel cela peut avoir sur vous. Par exemple, vous pensez peut-être que le social n’est pas important, mais est-ce que vos employeurs potentiels pensent la même chose ? Saviez-vous que près de 90% des entreprises utilisent maintenant les médias sociaux dans le cadre de leurs recrutements ?

Les personnes en recherche d'emploi, en particulier, doivent comprendre que ce qu’ils pensent personnellement du social n’est pas la règle. Ce qui est critique ici, c’est l’opinion de ceux avec lesquels ils souhaitent entrer en contact. Plutôt que de vous préoccuper de ce que vous ne devriez pas partager publiquement, souciez-vous de savoir comment les recruteurs et les DRH examinent votre présence sociale globale afin de vous assurer de donner la meilleure image de vous-même dans le process de recrutement.

Comment les recruteurs et les DRH utilisent le social

La quantité de données immédiatement disponibles pour les recruteurs est incroyable, et il y en a de plus en plus chaque jour. Les grandes entreprises utilisent déjà ces informations pour trouver des candidats – même en 2011, les entreprises se servaient des "social data" pour recruter des profils ayant des compétences de niche. La disponibilité d'infos ciblées est une avancée significative dans l'évaluation des compétences d'un candidat, et de son adéquation culturelle. Presque tous les professionnels du recrutement sont en train de l'adopter, comme le montrent les différentes statistiques du secteur du recrutement :  

• 93% des entreprises utilisent LinkedIn dans leur processus de recrutement

• Facebook, Twitter et LinkedIn sont les réseaux primaires utilisés par les recruteurs pour présélectionner les candidats dans leur process

• 69% des recruteurs ont rejeté un candidat à cause de ce qu'ils ont découvert sur les réseaux sociaux

• Les informations portant sur des activités illégales (y compris l'usage de drogues), les messages de nature blasphématoire, les fautes d'orthographe, le dénigrement de son employeur… sont autant de paramètres rédhibitoires pour les recruteurs

• 42% des entreprises déclarent que la qualité des candidats s’est améliorée grâce au recrutement sur le social

Le fond de l’affaire, c’est que les recruteurs regardent votre présence dans les médias sociaux et ils vous examinent sur la base de cette activité.

Certains ont évoqué le problème de l'éthique : une personne doit-elle être jugée sur la base de ses activités personnelles, qui peuvent ne pas avoir réellement d’incidence sur sa capacité à s’acquitter de ses tâches professionnelles ? Les juristes conseillent la prudence quand il s’agit d’examiner les gens en fonction de leur comportement. Mais la vérité, c’est que les recruteurs le font parce qu'ils le peuvent. Parce que les informations sont là. Et vous n’êtes peut-être même pas au courant de ce que tant de gens peuvent trouver sur vous, et le vérifier à travers votre présence sur les médias sociaux.

« True Detective » version médias sociaux

Alors, comment vous gérez ça ? Comment vous assurez-vous que vous mettez vos atouts en avant sans mettre les pieds dans le plat ? Il est intéressant de regarder comment les gens peuvent en savoir plus sur vous et comprendre qui vous êtes en se basant sur votre activité sociale.

1. Analyser le profil utilisateur sur Twitter : Twitter est la tribune du monde des médias sociaux où les gens vont exprimer publiquement ce qu’ils pensent sur des problématiques données et des idées. Cela en fait un excellent outil pour se faire une idée sur quelqu’un. Ce qu'il diffuse sur Twitter constitue la façon dont il veut être perçu et s’adresse à l'auditoire qu’il veut toucher. En utilisant un outil comme Twitonomy, vous pouvez mesurer son activité sur Twitter : sur quels sujets il tweete, quels hashtags il utilise, les utilisateurs les plus mentionnés. Ces données enrichissent plus profondément son profil et ce qui le passionne.

2. Analyser le contenu des tweets : vous pouvez aussi aller sur AllMyTweets et entrer l’identifiant d’un candidat, l'application affichera alors jusqu'à 3 200 de ses tweets les plus récents sur une seule page. Vous pouvez alors éliminer les réponses et les retweets, ce qui vous donnera une liste complète de ses tweets originaux. Entrez le résultat dans Wordle et vous obtenez un nuage de mots des termes le plus souvent utilisés qui vous en dira plus sur ses centres d’intérêts et son comportement. Certes, cela ne fonctionne que si l'utilisateur est relativement actif sur Twitter, mais un millier de tweets suffisent à donner un aperçu de ses tendances.

3. Analyser les connexions sur LinkedIn : LinkedIn est évidemment une ressource primordiale pour les recruteurs, mais pour se faire une idée sur quelqu’un, il peut s’avérer bénéfique d’analyser ses activités sur la plate-forme. On en apprendra plus sur lui et ses centres d’intérêt en vérifiant les groupes et les gens qu’il suit. Cela peut être particulièrement intéressant, par exemple, si ses centres d’intérêt sur Twitter et sur LinkedIn n’ont que peu ou pas de rapport entre eux. Le fait qu’il utilise chaque plate-forme différemment est peut-être révélateur, mais cela peut également suggérer que ce qui l’intéresse au sens professionnel est mal exprimé sur LinkedIn.

4. Vérifiez les profils cachés en recoupant les données LinkedIn : LinkedIn dispose également de deux autres ressources utiles importantes pour sourcer des informations sur une recrue potentielle. Premièrement, vous pouvez utiliser les adresses e-mail de contact dans une application comme Pipl, qui scanne le web en recherchant des mails de ces adresses, faisant ressortir les profils et leur présence sur différents sites. Vous pouvez faire de même avec les photos de profil : en utilisant une application de recherche d'image inversée comme TinEye, vous pouvez localiser une photo de profil sur le web et savoir où elle a été utilisée, et découvrir  ainsi d'autres profils sur toute une série de sites.

5. Analyser les profils sur Facebook : c’est sans aucun doute le plus important, Facebook ayant le plus grand nombre d'utilisateurs dans le monde. C’est également là où la plupart des gens partagent le plus de choses intimes, personnelles. C’est ici que les gens livrent leur vraie personnalité le plus facilement, derrière les murs numériques de leurs paramètres de confidentialité. Ce sur quoi les gens doivent être prudents avec Facebook, c’est sur le niveau de confidentialité réel de leurs coordonnées. Le Facebook Graph Search (disponible uniquement sur la version américaine de Facebook) a changé les règles en élargissant les capacités de recherche, ce qui altère parfois vos propres paramètres de confidentialité ou des posts que vous pensez inaccessibles au public. Par exemple, si je cherche le profil de John Smith et que rien n’apparaît, que tout est verrouillé par les paramètres de confidentialité, alors John Smith est totalement couvert. Il n’y a rien à voir ici. Mais si je rentre « Pages aimées par John Smith » dans la recherche, la plupart des pages sont publiques, et je peux obtenir un aperçu complet des pages qu'il aime, ou des groupes où il est présent, même si cette information peut ne pas être accessible au public via sa propre page. Aucun contournement des règles de confidentialité de Facebook – vous pouvez rendre privé tout ce que vous postez – mais les groupes, les pages que vous avez aimées, les photos postées par d'autres… tout cela est souvent régi par les paramètres de confidentialité de l'hôte (le créateur d’une page, par exemple). De cette manière, vous pouvez tracker les informations de quiconque quelles que soient les préférences de confidentialité.

En suivant ces process, vous devriez être en mesure d’avoir une bonne vue d’ensemble des intérêts, activités du week-end, groupes et centres d’intérêts culturels d’un candidat potentiel, entres autres faits saillants et bizarreries. Votre présence sur les médias sociaux, c’est vous. Tout ce que vous avez fait peut être retrouvé et remonter à vous sous une forme ou une autre. Bien que vous puissiez en verrouiller les paramètres de confidentialité, il peut être difficile de tout dissimuler.

Alors, que faire pour éviter un tel examen minutieux ? Vous pouvez tout simplement supprimer tous vos profils, bien que cela puisse éveiller certains soupçons. Personnellement, je trouve cela bizarre que quelqu'un qui exerce dans la communication ou les médias, à 40 ans ou moins, n’ait aucune présence de quelque nature sur les réseaux sociaux.

Bien sûr, tous les recruteurs ne creusent pas jusqu’à ce niveau de détail. Les examinateurs n’ont pas souvent le temps de faire une analyse en profondeur de chaque candidat, mais les outils sont là, ils sont disponibles en accès libre. C’est-à-dire à la fois en termes de disponibilité et de coût. Quand vous cherchez à recruter quelqu’un pour votre équipe, vous voulez forcément en savoir le plus possible sur lui/elle avant de signer.

L'avenir du big data dans le recrutement

Le fait est que nous ne savons pas quel rôle va jouer le big data à l'avenir dans le recrutement. L'ère des médias sociaux et du big data ne fait que commencer et nous sommes loin de comprendre à quel point cette masse d'information va changer les choses.

Ce que nous savons c’est que ça va changer les choses. Le big data change déjà la façon dont les entreprises localisent et recrutent les meilleurs candidats. Avec le temps, et compte-tenu de la croissance des dispositifs de data, cela fournira aux entreprises des informations toujours plus approfondies sur les profils qui répondent le mieux à certains postes, leur histoire, leurs intérêts, etc. A un certain stade, nous pouvons prévoir avec précision la trajectoire professionnelle d'une personne en fonction de ses compétences, ses intérêts et sa singularité. Oups ! LinkedIn le fait déjà, à petite échelle.

Farfelu ? Prenez un moment pour réfléchir à ce que vous avez mis sur votre profil LinkedIn. Maintenant, imaginez la même chose enregistrée par 300 millions de personnes, soit le nombre d'utilisateurs présents sur LinkedIn. Toutes ces données, toutes ces progressions professionnelles, ces informations liées à la formation. Des innovations comme LinkedIn University Finder (une application qui vise à aider les étudiants dans le choix de leur établissement d'enseignement supérieur en fonction de ce qu’ils veulent faire plus tard) ont du sens. Très rapidement, les applications et programmes de ce genre, qui utilisent les data pour trouver les options de carrière optimales, pourraient devenir monnaie courante.


Environ 84% des internautes de 18 à 24 ans utilisent Facebook, un taux d'adoption qui continue à gagner les tranches d’âges supérieures au fil du temps – ce qui fait plus de data, plus d'informations partagées, plus de gens qui écrivent leur propre histoire numérique. A l'avenir, on n’aura pas besoin de se demander comment les gens vivaient en 2014. Il suffira de regarder, individu par individu au besoin, et on pourra voir exactement ce qu'ils faisaient. On sera également en mesure de voir où ils travaillaient, où leurs compétences étaient les plus demandées, ce qui fait d'eux de bons ou de mauvais employés. Et tous ces petits détails créeront des individus précis, des « types » qui correspondront parfaitement à des organisations et des fonctions spécifiques. Tout le monde est un individu. Il est dangereux de peindre chaque personne avec le même pinceau. Mais les comportements de groupes sont révélateurs, ils peuvent mettre au jour des vérités insoupçonnables autrement.

A l'avenir, votre présence sociale pourrait non seulement vous aider à décrocher votre job idéal : elle pourrait vous conduire à votre idéal de vie.

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